Top 10 des preuves que les bobos n’existent pas, arrêtons avec les fantasmes débiles

Un ouvrage de socio, Les bobos n’existent pas est presque passé inaperçu en ce début d’année, à part peut-être dans la presse estampillée bobo. C’est peu dire pourtant que l’agitation permanente de ce fléau désigné par la droite déroute le débat public de ses enjeux primordiaux en désignant un responsable fantasmé à ceux qui, insatisfaits de leur condition, aiment à conspuer les élites supposées. Mais les bobos, tels que pointés du doigt par Wauquiez et consorts, ne forment pas une élite. Déjà, parce que la catégorie est beaucoup trop vaste pour être pertinente, et surtout parce que le raccourci consiste à confondre élite intellectuelle et élite économique. Et ça fait une ENORME différence.

1. Ca ne veut rien dire

C’est comme si, à l’inverse, on disait « les ploucs » pour parler des gens qui habitent en banlieue ou à la campagne. Les ploucs, catégorie qui ne veut rien dire et n’exprime finalement que du mépris englobant au détriment de toute considération économique, culturelle ou individuelle. Vous savez, les ploucs, ceux qu’on croise sur les stations d’autoroute ? Imaginez un peu si les habitants des grandes villes françaises faisaient ça.

2. C’est un emprunt à une catégorisation américaine

C’est David Brooks qui a théorisé le terme, comme une suite logique aux yuppies américains des années 80, ces jeunes diplômés du supérieur avides de fric qui, eux, votaient à droite. La prise de conscience d’autres enjeux plus collectifs aurait entraîné une mutation de cette classe sociale qui se serait mise à voter à gauche à partir du milieu des années 90.

Sauf que le terme Yuppie ne correspondait pas à grand’chose en France où les années 80 n’étaient pas tellement des années fric et plutôt des années crise. Quant aux bobos aujourd’hui vilipendés par l’opinion, on ne peut pas dire qu’ils comptent parmi les grandes fortunes (au contraire des yuppies).

3. C’est une catégorie beaucoup trop vaste pour être sociologiquement opérante

Quel rapport y’a-t-il entre une famille trentenaire qui achète un appartement rue de Turenne et un couple de profs qui louent un T2 dans le XIX° ? Aucun. Pourtant, dans l’imaginaire collectif, les deux appartiennent à cette même catégorie, les bobos. Donc un type qui essaie de vivre de sa musique en étant serveur à côté et qui est diplômé du supérieur se retrouve dans la même catégorie qu’un directeur d’agence de pub qui a trois gosses. En réalité, bobo est devenu, dans l’imaginaire collectif, synonyme de « parisien qui vote Hidalgo ». Mais il y a 2 millions de personnes, à Paris, dont la majorité vote à gauche.

4. C’est une catégorie culturelle et politique et absolument pas socioéconomique

En gros, l’idée c’est : diplôme du supérieur, salaire qui tombe, préoccupations collectives, appétence pour la culture et vote à gauche. Que des attributs culturels, sauf l’histoire du salaire qui tombe. Mais sauf que c’est précisément à cette question du salaire que l’on devrait s’intéresser : encore une fois rien à voir entre les gens qui bossent dans la pub et les diplômés du supérieur qui émargent à 1300 par mois en s’engageant dans des associations. Ce n’est pas la même vie, pas les mêmes quartiers, pas les mêmes enjeux. On ne peut donc pas parler de catégorie socioéconomique ; même Bourdieu est dépassé par la question. Dans le monde d’aujourd’hui, le capital culturel est totalement inopérant face au capital économique.

5. Les bobos responsables de la gentrification ? Et la politique de la ville, alors ?

L’appauvrissement des diplômés du supérieur aurait entraîné un gigantesque phénomène de gentrification dans les quartiers populaires, tant par opportunité économique que par goût pour l’ »authenticité » présumée des quartiers. Et par leur enrichissement progressif, ils auraient participé à la hausse des loyers, laquelle aurait conséquemment poussé les « vrais » habitants des quartiers, pauvres, à s’éloigner du centre.

Mais les mecs attendez : est-ce que c’est normal que les diplômés du supérieur aient moins de thunes ? Est-ce que c’est normal que les propriétaires décident d’en tirer partie en augmentant les loyers pour faire fuir les habitants originaux ? Est-ce que ce n’est pas tout simplement une carence de la politique de la ville et de l’encadrement du logement dans les agglomérations ?

6. Quand bien même ils existeraient, quel serait le problème, en fait ?

Ok, ils ont un peu de thune et plutôt que de chercher à en faire de plus en plus, ils ont une considération plus globale, s’engagent pour des assos, essaient de polluer moins, recherchent la mixité, parfois maladroitement mais quand même.

OU EST LE PROBLEME EN FAIT ? A croire que le nec plus ultra, c’est le communautarisme, la pollution, la bagnole et le fric. C’est aberrant.

7. C’est un fanion agité pour dissimuler les vrais problèmes

Le vrai problème, c’est la pauvreté généralisée des minorités sociales et culturelles et leur exclusion progressive vers les périphéries délaissées par l’Etat. Le vrai problème, c’est l’inégale répartition des richesses entre ceux qui héritent et font du fric avec leur héritage et ceux qui ne vivent que par leur travail, quel qu’il soit. Le vrai problème, c’est une question de vivre-ensemble, de distribution du pèze et de régulation pour éviter que certains ne s’accaparent à la fois le pouvoir économique et le pouvoir décisionnaire. Le problème, ce ne sont pas les deux jeunes profs obligés de s’entasser dans un T2 à Stalingrad.

8. La mixité existe encore dans certains lieux

Il y a parfois des réussites en matière de mixité, même si les pouvoirs publics ont du mal à les promouvoir. Des cafés de quartier, où les bobos, comme on les appelle, se mêlent à des habitués de toutes catégories sociales et discutent, sans pour autant que ce soit dans une recherche d’authenticité feinte. Le 104, en plein coeur du XIX°, où les boutiques pour bobos sont légions mais où des assos entières venues des périphéries ou du coin viennent pratiquer des activités dans une logique de mélange. C’est imparfait, mais ça existe.

9. Cette catégorie de personne a toujours existé

En fait, ça s’appelle les classes moyennes. Il y en a depuis la première révolution industrielle et même avant. Qu’étaient les Lumières, sinon des bobos ? Des mecs qui jouissaient d’un statut privilégié leur permettant d’imaginer un changement de monde au détriment de leurs intérêts apparents. Bon. Déjà, à l’époque, ils étaient pointés du doigt comme des menteurs et des manipulateurs. Apprenons à identifier les ennemis, bordel.

10. Si Renaud en a fait une chanson, ça veut bien dire que ça n’existe pas

Parce que Renaud, au secours.

Arrêtons, por favor.

via topito.com