Top 10 des trucs à savoir sur la situation des Rohingyas, on va bien se fendre la gueule

Alors qu’Omar Sy et une flanquée de Youtubeurs sont partis au Bangladesh pour sensibiliser le monde sur la situation des Rohingyas, il nous semblait intéressant de faire un point sur leur situation à laquelle on commence enfin à s’intéresser après des décennies d’indifférence. Cette minorité musulmane fait l’objet de persécutions maousse en Birmanie et ses réfugiés vivent dans des conditions déplorables au Bangladesh, sans que la communauté internationale ne réagisse réellement.

1. Il existe environ 1,5 millions de Rohingyas dispersés dans différents pays

Ils seraient 800.000 en Birmanie, 300.000 au Bangladesh, 200.000 au Pakistan, le reste se répartissant entre la Thaïlande, l’Inde et la Malaisie. C’est pas rien, quand même, 1,5 millions de personnes, surtout quand on considère qu’ils sont décimés depuis des décennies.

2. Le Rohingyas sont sunnites

Les Rohingyas sont des musulmans sunnites. Originaires de Birmanie, ils vivent dans un état majoritairement bouddhiste et sont persécutés en partie pour des raisons religieuses, au même titre que les Chrétiens birmans.

3. Ils sont persécutés en Birmanie depuis le début du XX° siècle

Lors de l’indépendance de la Birmanie, en 1948, les Rohingyas ont eu une lueur d’espoir, leur nationalité birmane étant reconnue par la constitution. Mais l’accession au pouvoir de Ne Win, un dictateur, en 1962 et les juntes militaires qui ont suivi jusqu’en 2012 les ont sévèrement réprimés et persécutés. En 1971, la guerre civile au Bangladesh a entraîné l’arrivée de nombreux réfugiés rohingyas en Birmanie où ils ont reçu un accueil glacial, mourant de faim et privés de logement. En 1982, ils ont été privés de nationalité et exclus de la liste des peuples birmans, la junte considérant que l’arrivée des Rohingyas étant un corollaire de l’invasion britannique en Asie du Sud-Est. A partir de 1990, les Rohingyas sont tout simplement expulsés et se réfugient à la frontière bangladaises, à la merci de milices très violentes.

4. L’origine de la crise actuelle date de 2012

En juin 2012, une jeune birmane bouddhiste a été violée collectivement, poignardée et égorgée dans l’Arakan où vivent les Rohingyas par trois musulmans. Dès lors, c’est l’escalade de la violence avec des raids ciblés des milices contre les minorités musulmanes. Dès lors, c’est l’état d’urgence qui est décrété, avec l’envoi par le président birman Thein Sein de militaires pour essayer de canaliser le massacre, sauf que l’armée se joint parfois aux miliciens pour massacrer des Rohingyas. Bref, c’est pas la joie. En 3 mois, on dénombre 200 morts et 75.000 personnes déplacées, leurs logements ayant été incendiés. Ca se calme un peu, puis, en mars 2013, c’est à nouveau la violencia, avec 43 morts et 36.000 déplacés. La reconstruction met à l’écart les populations musulmanes qui ne bénéficient pas d’aides publiques.

5. Depuis 2016, le conflit s’est amplifié

A partir de 2016, les Rohingyas de Birmanie se sont organisés pour faire face aux violences, fondant notamment l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (la province où ils vivent majoritairement). Cette armée attaque des postes frontières et on assiste à une véritable guerre civile en dehors de toute convention de Genève, avec torture, viols collectifs, meurtres de civils. Les ONG et les casques bleus n’ont pas le droit de cité dans l’Arakan sur décision des autorités birmanes pendant toute l’année 2017. Malgré les conclusions d’une commission des Nations Unies, les violences redoublent et les villages des déplacés sont brûlés par l’armée pour empêcher leur retour, sans compter sur les nouveaux massacres. L’ONU parle de nettoyage ethnique. Le nombre de réfugiés au Bangladesh explose et le pays ne peut faire face : il demande l’aide de l’ONU. Au total, ils seraient 800.000 à avoir franchi la frontière. Aung San Suu Kyi, la président de facto de l’Etat birman, réfute les accusations de nettoyage ethnique et a passé un accord avec le Bangladesh pour un retour des réfugiés dans les deux mois, mais cet accord est absolument inapplicable, les Rohingyas n’ayant pas tous les preuves de leur appartenance à la Birmanie et les champs qu’ils cultivaient ayant été entre-temps récupérés par les autorités birmanes.

6. Elle a débouché sur une crise migratoire

Résultat : les Rohingyas fuient vers le Bangladesh, la Malaisie et la Thaïlande. C’est un réseau de passeurs qui en profite, avec des petits bateaux illégaux et dangereux qui débarquent les réfugiés vers des pays pas toujours prêts à les accueillir. Les Rohingyas n’étant pas en sécurité à la frontière bangladaise, les Rohingyas vivant au Bangladesh sont eux aussi tentés de rejoindre la Malaisie ou l’Indonésie puisque ces pays sont essentiellement peuplés de musulmans. Mais l’Indonésie refuse les demandes d’asile et les Rohingyas sont contraints d’attendre le résultat de leurs démarches dans des conditions insalubres. En plus de ça, des trafiquants imitent les techniques mexicaines en kidnappant et assassinant des réfugiés en espérant toucher des rançons. Sympatoche.

7. Ils vivent dans des conditions infernales

En Birmanie, les Rohingyas vivent dans la région la plus pauvre du pays. Ils n’ont aucun droit civique, n’ont pas le droit d’exercer un commerce ou d’accéder aux services publics du pays et aux aides sociales. En exil, ils sont accueillis dans des condition déplorables et insalubres. Les Rohingyas vivent un enfer.

8. Le monde entier s’en fout royalement

Depuis le départ de la junte militaire, l’UE a levé toute sanction économique contre la Birmanie. Les autorités européennes n’évoquent que très peu la question des Rohingyas. Les Etats-Unis ont également levé leurs sanctions. Obama avait timidement esquissé un début de reproche à l’Etat birman sur son traitement des musulmans, mais autant dire que Trump, lui, n’en a rien à carrer. Les derniers événements ont un peu modifié le discours avec des injonctions timides de la part de dirigeants européens et une intervention tout aussi timide du pape François appelant au « respect », mais pas de sanctions réelles prises contre la politique birmane en la matière.

9. Seules des institutions sans pouvoir décisionnel s’intéressent à la question

Le Parlement européen a bien voté un appel en juillet 2016 en évouant des persécutions systématiques et une répression brutale, et le Haut-commissariat aux réfugiés a eu beau parler de « nettoyage ethnique », ces paroles restent sans réponse du côté de l’Etat birman.

10. Le Bangladesh veut parquer les réfugiés rohingyas sur une île

Le Bangladesh, dépassé par les événements, a décidé d’aménager une île déserte située dans le golfe du Bengale pour y parquer les Rohingyas dans des genres de camps en attendant la fin de la crise. Depuis l’accord passé avec Aung San Suu Kyi prévoyant le retour des réfugiés dans les deux mois, le Bangladesh cherche une solution temporaire pour faire attendre les Rohingyas qui se sont réfugiés chez eux. Sauf que toutes les organisations de défense des droits de l’homme critiquent le projet, la réalité de leur retour à court-terme en Birmanie paraissant absolument improbable. D’autant que l’île choisie est soumise aux raz-de-marées et s’apparente à un genre de prison en mer, loin de tout. Le budget alloué au projet est bien trop faible au regard des urgences sanitaires et humanitaires.

Sources : Wikipédia, FranceTV Infos, Le Figaro

via topito.com